Néatthés – Chapitres I et VI

Extraits d’un roman SF-fantasy, par Noé Davoust, L2 Sciences du Langage.

La femme alla à son tour errer dans la ville, en quête d’une foule suffisamment dense pour pouvoir y disparaître. […] Elle se fondit dans la masse, s’évanouissant, cachée au-dessous de l’horizon encéphalique que formaient les passants.

Noé davoust

Néatthés est un livre mêlant science-fiction et fantasy, prenant place dans un futur plutôt proche, en 2063.

Dans un monde où deux ethnies venues d’un autre monde, les Néatthés et les Helphes, ne sont parvenus à se faire une place dans la société des Hommes qu’après des siècles de conflit et de rapports de force, dans un monde traumatisé par la guerre et la consommation par le feu d’un continent entier, certains cherchent à survivre et à reconstruire ce qui peut l’être. D’autres en revanche, trouvent foi en une prophétie annonçant la montée prochaine de l’humanité à un niveau de conscience supérieur, et qui lui permettra peut-être enfin d’adopter un regard nouveau sur la réalité de sa condition, sur la réalité du monde qui les entoure.

Chapitre 1

Aglaopé rêva de la cantine de son lycée. 

Elle gravit un court escalier et fut arrêtée devant une porte vitrée. Elle tenta de l’ouvrir mais découvrit qu’elle était fermée à clef. Alors, elle entendit une vieille dame se racler la gorge derrière elle, au bas de l’escalier. Celle-ci demanda, la voix englairée :

« Qu’attends-tu ? »

La jeune fille se retourna et constata la rabougrie petite dame, assise sur une chaise de plage, qu’elle n’avait pas entendue arriver. Nonchalante, elle marmonna :

« Je sais pas.
— Tu ne sais pas !
— Non.
— Bien, alors pourquoi restes-tu plantée là ?
— Comment ça ?, dit-elle qui n’osait comprendre, comme en latence.
— Là, pourquoi restes-tu là à attendre devant cette porte résolument close ? Moi, je ne suis qu’une vieille et je ne peux pas marcher, mais toi, tu peux aller où tu veux, partout ailleurs qu’au pas de cette satanée porte ! »

La jeune fille pensa bien se moquer de ce que cette vieille bique pouvait lui dire. Pourtant, elle devait bien admettre que cette interlocutrice saugrenue n’avait pas tort. Elle répondit donc, encore sans trop réfléchir :

« En fait… j’attends que la porte s’ouvre. Enfin j’espère qu’elle va s’ouvrir.
— Ah, si tu l’espères… Mais vois-tu, le fait que personne ne fréquente ce lieu diminue grandement les chances que quelqu’un ne vienne un jour te l’ouvrir. Et que crois-tu qu’il y a, derrière ?
— Vous me faites chier avec vos questions !, se laissa-t-elle penser à voix haute.
— Ce ne sont que les questions auxquelles tu peines à répondre toute seule, depuis trop longtemps déjà.
— Pourquoi je me les serais posées, d’après vous ?
— Pour découvrir ce que, chaque nuit, tu fais à attendre devant cette porte close. »

La jeune fille douta alors :

« On est dans un rêve ?
— C’est probable, même plus probable que quelqu’un ouvre la porte, si tu veux mon avis. Tu peux le vérifier par toi-même grâce à quelques astuces. Par exemple, crois-tu qu’il fasse froid ? »

En se sentit alors emmitouflée dans un lourd manteau de fausse fourrure, sans toutefois se rappeler l’avoir jamais revêtu, et en remuant le bout de ses orteils au contact du doux et épais tissu de ses bottines d’hiver, elle conclut qu’il devait effectivement faire froid.
« Souffle ! » lui enjoignit la vieille dame. Aglaopé souffla donc, puis celle-ci lui demanda :

« Vois-tu aucune trace de condensation de l’air que tu expires ?
— Non, admit la jeune fille.
— Maintenant, regarde au sol ! Que vois-tu ?, lui dit la vieille dame en indiquant du doigt un coin de l’escalier.
— Toujours rien de particulier.
— Curieusement, tu n’as pas d’ombre.
— Bah si, j’en ai une, regardez !
— Uniquement parce que tu as pensé qu’il était logique d’en avoir une au moment où je t’en ai fait la remarque ! Si tu te concentres bien, tu peux remarquer que tu as deux ombres. »

Et la jeune fille vit une seconde ombre, qui s’était détachée de la première aussitôt appelée.

« De la même manière, tu pourras constater que tu as trois ombres, ou quatre, ou une infinité. »

Alors se dessinèrent autour d’elle autant d’ombres que son esprit endormi voulait bien en concevoir, qui manquèrent bientôt de place. Ses ombres se battirent donc entre elles pour la moindre parcelle du sol carrelé qu’il restait à occuper. La jeune fille s’affola :

« C’est bon, vous m’avez convaincue, on est bien dans un rêve !
— Dans ce cas, tu peux répondre en toute assurance à ma dernière question : qu’y a-t-il, enfin, derrière cette porte ? »

En vérité, elle avait peur d’avoir à répondre à cette question même, depuis le début de sa conversation avec cette étrange dame. Mais elle s’y résolut finalement, après une longue hésitation :

« Il y a quelqu’un qui m’attend, quelqu’un que j’ai pas vu depuis longtemps.
— Hélas ! Personne, dans ce que tu considères être un rêve, ne semble disposé à t’ouvrir cette porte. Ta connaissance, de l’autre côté, attendra encore. Peut-être s’ouvrira-t-elle un autre jour, peut-être demain ! »

La jeune fille se retourna vers la porte et tenta une nouvelle fois de l’ouvrir, sans succès. La vieille dame, sur sa chaise de plage, disparut, laissant Aglaopé attendre son réveil seule, sur les marches de l’escalier. 

Un soleil pâle se couchait, effaçant les ombres dansantes de la jeune fille, puis elle vit s’en lever un nouveau, depuis la fenêtre de sa chambre.

Chapitre 6

[Aglaopé et son amie entrent dans le restaurant.]

Au même moment, de l’une des tables du restaurant, un homme se leva et passa la porte dans l’autre sens. Une fois sorti, il progressa pendant quelques minutes à travers les ruelles de Colmar, se servant de la foule pour cacher son visage, jusqu’à parvenir à un café en terrasse. Il ne s’y trouvait qu’une femme. Elle s’était installée à l’ombre d’un poteau, fuyant un soleil pourtant timide. Elle était toute vêtue de noir, ses lèvres étaient fines et droites, tout juste colorées d’un rouge à lèvres strictement appliqué, sans débordement aucun. L’homme prit place à l’autre bout de la terrasse, et commanda un thé avant de passer un coup de téléphone. La femme décrocha le sien :

« Djïn dën siqnïl do ; (Alors, qu’est-ce que t’as appris ?)
— Herïl arhira anïn tygaþëm qwë niwï Oneirys zitaü erä. (J’ai enfin trouvé la fille qu’Oneirys recherche.)
— Dïn tëþ horaü ; (Est-ce qu’elle t’a vu ?)
— Ne dïn. (Non.)
— Age, ejmïl Hegeïle wën aggïa erä . (Parfait, je pars prévenir le Duc !)
— Tann menü… (Attends…) »

L’homme sortit de la poche de sa veste un papier sur lequel il avait pris quelques notes.

« Den, rhëlix Hegeänþh legü syllannë helphaïanþh fïre hïþ toos, ruba ejsmer hata.
(Oui, tu diras au Duc qu’il y aura une réunion des helphes bientôt, peut-être même demain.)
— Döjn do ;. (Où ça ?!)
— Ne fäþ gignïl leljana, pron holoö myssarïþ aï dïd. Lörhex hemerö syllanïan legün däþ . ruba qanne önde zopïa rhjaraëþ. (Je sais pas encore, c’est gardé secret par sécurité. C’est le jour de la réunion qu’on me le dira ; ils ont peut-être même pas encore choisi de lieu.)
— Ssana, doqiän sïm sy fajäd seïþ. Tann erä .
(Parfait, je suis sûre qu’il sera très intéressé. Allez, j’y vais !) »

La jeune femme raccrocha alors son téléphone, se leva de sa chaise et alla à son tour errer dans la ville, en quête d’une foule suffisamment dense pour pouvoir y disparaître. Approchant de la cathédrale, elle y aperçut une noire nuée de monde. Elle s’y précipita, cessa de respirer et plongea à l’intérieur. Elle se fondit dans la masse, s’évanouissant, cachée au-dessous de l’horizon encéphalique que formaient les passants. […]

La jeune femme [emprunta l’escalier] et, en prenant soin de n’en manquer aucune marche, arriva devant une porte, encore une porte, lourde et métallique. Elle l’ouvrit.
Derrière, il se trouvait un homme, quinquagénaire d’apparence, tranquillement assis à son bureau en remplissant quelques papiers. Il se passait en boucle un enregistrement de bruits de rivière, accompagnés de quelques notes de harpe. Il siégeait seul à un grand bureau blanc, dans une vaste pièce blanche, où il recevait, de temps à autre, certains invités inattendus, mais bienvenus. [Le labyrinthe] n’était ainsi qu’une salle d’attente, austère certes, mais à laquelle l’homme reconnaissait toutefois une qualité : celle de faire fuir les indésirables. Son bureau, ainsi, comptait certainement parmi les plus imprenables au monde.

« Orä, bonjour ! Qu’est-ce qui vous amène, dites-moi ? l’accueillit-il, plus chaleureux et courtois que ne le laissait présager la décoration de son cabinet.
— Lashemer, Didasqalön sajdë . Soqannün aadorjoïþh anaö Oneirys ünda. Tygaþëm ge fönþh haula ephedrïlliþ . Aglaopé Nazara. (Bonjour, monsieur Didasqalön… Nous avons retrouvé les chœurs d’Oneirys. Actuellement, ils épient une jeune fille : Aglaopé Nazara.) rapporta-t-elle.
— Impossible ! Aglaopé, vous êtes sûre ?! sursauta-t-il.
— Den wä dän, döþje ; (Oui je suis sûre, pourquoi ?)
— C’est que… il s’agit d’une proche amie de ma fille.
— Preanþirën, tychë eþüanne . (En préanthire, s’il-vous-plaît !)
— Vous connaissez ma position sur le sujet, Orä. Ici, nous sommes libres de parler comme bon nous semble.
— Hum… excusez-moi !
— Pour revenir à la fille, est-ce que vous avez des preuves concrètes qu’Oneirys cherche à
l’atteindre ?
— Arthon a pu identifier plusieurs de ses fidèles cette semaine, ils opèrent probablement sous de fausses identités et ont reçu pour mission d’infiltrer le proche entourage de mademoiselle Nazara.
— Vous avez des noms ?
— Il s’agit des pupilles d’Oneirys, elle les connaît depuis leur adolescence et il n’y a qu’en eux qu’elle place toute sa confiance. D’abord on a Constança Khélys Jomortos, une incantatrice très talentueuse originaire de Catalogne. D’après les archives occidentales, elle est en deuxième année de licence de musicologie à l’université de Strasbourg, et aurait pour projet d’entamer une formation au Temple, étant donné ses prédispositions hors du commun. Ensuite, nous avons identifié Gustau Celestino Feizodivor. Il est moins intellectuel mais peut s’avérer redoutable en combat rapproché, même contre un Néatthé. Puis, A…
— Feizodivor ! C’est lui qui m’intéresse, il a déjà été fiché par nos services il y a quelques mois.
— Il est impliqué dans les attentats des Vengeurs du Vizir ?
— Du moins, c’est ce que certains d’entre eux ont laissé sous-entendre avant leur arrestation… et leur suicide. Monsieur Feizodivor l’ignore certainement, mais on a vivement débattu de son cas au Conseil Rotond, qui malgré tout, s’est obstiné à dénier la collaboration d’Oneirys avec ces terroristes… Mais trêve de diffamation ! Sa présence autour de la fille nous servira doublement, dans la mesure où cela laisse présager une apparition prochaine d’Oneirys, et nous donnera aussi un motif opportun quant à son arrestation.
— Ce n’est pas tout, Didasqalön sajdë. Arthon a également reçu la confirmation qu’un sommet sera bientôt tenu par les helphes. Ce sera l’occasion d’en arraisonner quelques-uns, le temps d’un interrogatoire poussé, ou même, d’apercevoir Oneirys pour la toute première fois depuis huit ans. Qu’en dites-vous ?
— J’en dis que vous féliciterez Arthon de ma part ; ce sont de bien juteuses informations, qu’il nous a rapportées !
— Je n’y manquerai pas. Et… pour votre fille ?
— Je m’en occuperai moi-même, je l’ai en cours demain.
— Age . Wahadü tëþ jam erä do. (Bien ! Je vais vous laisser, dans ce cas.)
— Attendez un peu ! la retint le Duc, Je vais vous éviter d’avoir à refaire toute la spirale dans l’autre sens… marmonnait-il tandis qu’il cherchait, sur une télécommande, une touche précise.
— Je ne m’y ferai jamais, à votre nouveau système de sécurité… J’ai failli me perdre, en venant.
— La route est pourtant simple à suivre, Orä. Il faut vivre avec son temps ! »

[…]


Je me présente, Noé, étudiant ou étudiante (ça dépend des jours) en deuxième année de licence en Sciences du Langage, votre humble écrivain ! L’histoire que je raconte dans mon roman n’est en réalité qu’une part infime de tout l’univers que j’ai développé, qui comprend en tout deux mondes, un Ancien (où la simple conception qu’a l’être humain de son environnement a le pouvoir de modifier l’environnement lui-même) et un Nouveau (celui qui ressemble le plus au nôtre et dans lequel se déroule intégralement l’histoire du roman). J’ai créé l’Ancien monde de toutes pièces : sa géographie, son histoire, ses peuples, ses religions, et aussi ses langues ; seules deux d’entre elles sont parlées par des personnages du roman, le préanthire et le þaumen, et si vous le permettez, je vous en ferai une brève présentation dans des posts ultérieurs. Mon roman, hélas, n’est toujours pas terminé, mais vous pouvez néanmoins retrouver la suite sur mon compte Wattpad (@Agathtarin), où je la publierai bientôt ; j’ai besoin avant cela, et ne m’en veuillez pas, de quelques-uns de vos retours ! N’hésitez donc pas, s’il-vous-plaît, à m’envoyer un mail à cette adresse (davoust.noe@gmail.com) afin de me demander la suite, ou même de laisser libre cours à votre curiosité et de me poser toutes les question que vous voudrez ; rien ne saurait me faire plus plaisir, croyez-le !

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